Dans Jean Béliveau Ma vie bleu-blanc-rouge, éditions HMH 2005, 357 pp.
- p. 120-121... Butch modèle de capitaine
L'année de mon arrivée chez le Canadien, un des grands défenseurs de l'histoire du hockey, notre capitaine Émile " Butch" Bouchard, achevait sa carrière. Je n'ai joué que deux ans avec lui. La dernière année, il ne jouait plus beaucoup mais était encore très respecté dans toute la ligue pour sa ténacité. Un soir une bataille a éclaté à Detroit. Butch n'a fait ni une ni deux, il s'est dirigé directement vers le banc des Red WIngs, a ouvert le portillonn et a poursuivi un des joueurs de l'autre côté de la bande. Il y avait plusieurs mastodontes parmi les Wings, mais aucun d'entre eux n'a osé répliquer, tant ils craignaient les colères de Butch. Le seul autre défenseur de l'époque qui pouvait se mesurer à lui sans trop de mal était le regretté Tim Horton.
Butch habitait à Longueuil, non loin de chez moi et, pendant sa dernière saison, nous voyagions souvent ensemble. Comme la plupart des hommes forts et imposants, il était timide et réticent à exposer ses prouesses professionnelles hors de la glace. Il croyait qu'un mot gentil, ou un sourire, était beaucoup plus efficace que la force brute. Étant le capitaine, Butch s'efforçait toujours d'écouter ce que les gens pensaient et il m'a servi de modèle alors que je suis devenu à mon tour capitaine de l'équipe dans les années 60.
Pour moi, Butch présentait une autre particularité. Au cours de ma carrière, j'ai joué avec plusieurs frères: les Richard, les Mahovlich, les Rousseau et les Plante. Dans le cas des Bouchard, j'aurai joué avec le père et le fils. Pierre Bouchard, ou Butch junior, a été mon coéquipier pendant ma dernière saison. Il avait la force et le rire facile et communicatif de son père.
p.181... Butch novateur... lors d'un débat sur les méthodes d'entraînement des joueurs de hockey en 1951
Durant le débat, il n'a pas fallu beaucoup de temps avant qu'on demande, en entrevue, l'avis de Butch Bouchard, un des bonzes les plus importants de la ligue. Il a bien sûr défendu les méthodes d'entraînement traditionnellement en vigueur dans la Ligue nationale, disant qu'elles étaient, pour l'instant, passablement radicales. Mais il fit une suggestion qui parut très étrange à l'époque: " Les équipes de hockey devraient probablement fonctionner comme les équipes de football, proposa-t-il. Elles devraient avoir un entraîneur responsable des défenseurs, un autre pour conseiller les joueurs d'avant et peut-être même un troisième pour les gardiens de but." Autrement dit, un personnel d'entraîneurs plus complet aiderait non seulement à préparer des jeux et mettre en oeuvre des stratégies, mais également à surveiller de plus près leurs protégés et à déceler les blessures mineures au fur et à mesure qu'elles surviendraient.
